
Fin de la FM en Europe ?
Alors que la transition vers la radio numérique (DAB+) devait sceller le sort de notre bonne vieille bande FM à l’horizon 2025-2026, la réalité du terrain force les gouvernements européens à revoir leurs plans. Entre résistance des automobilistes, impératifs de sécurité publique et retours en arrière spectaculaires, la FM refuse de s’éteindre.
À l'aube des années 2020, la feuille de route semblait tracée : la modulation de fréquence (FM), inaugurée dans les années 1950, devait subir le même sort que la télévision analogique et s'effacer définitivement au profit du DAB+ (Digital Audio Broadcasting). Plus de fréquences, un son de meilleure qualité, aucune interférence en déplacement : les arguments techniques ne manquaient pas. Pourtant, en 2026, force est de constater que le grand écran noir de la FM n'aura pas lieu tout de suite.
Le fiasco suisse : le signal d’alarme qui a tout changé
Pendant des années, la Norvège a fait figure de pionnière – et d'exception – en éteignant ses émetteurs FM nationaux dès 2017. Le deuxième pays à devoir franchir le pas était la Suisse. La Société suisse de radiodiffusion (SSR) avait d'ailleurs sauté le pas fin 2024 en coupant le signal de ses stations publiques.
Le résultat ? Un véritable cas d'école pour les régulateurs européens. Face à une chute brutale de l'audience globale (estimée à plus de 15 % en quelques mois) et à la fronde des automobilistes et des radios privées, le Parlement suisse a dû intervenir en urgence fin 2025.
Résultat : une volte-face historique et un vote prolongeant la diffusion FM, jusqu’en 2031 obligeant le service public à rebrancher ses émetteurs.
France et Belgique : la stratégie de la cohabitation prolongée
Cet avertissement helvétique a refroidi les ardeurs des pays voisins, qui optent désormais pour la prudence.
En France : L’Arcom (le régulateur des médias) maintient le cap du déploiement du DAB+, mais refuse de brusquer les usagers. La stratégie actuelle repose sur le "simulcast" (la double diffusion). Aucune extinction de la FM n’est sérieusement envisagée avant la fenêtre 2028-2033
En Belgique : Si la transition numérique progresse, la Flandre et la Wallonie ont également repoussé leurs échéances, s’alignant sur le début des années 2030 pour un éventuel abandon de l'analogique, conditionné à un taux d'équipement des ménages proche des 90 %.
Les trois piliers de la résistance de la FM
Pourquoi une technologie septuagénaire résiste-t-elle si bien à la vague du numérique ? Trois facteurs principaux expliquent ce statu quo :
1. Le goulet d'étranglement du parc automobile
Si 100 % des véhicules neufs sortant d'usine intègrent aujourd'hui des puces DAB+, le parc de voitures d’occasion mettra des années à se renouveler. Priver des millions de conducteurs d'info-trafic ou de musique sans l'achat d'un adaptateur tiers reste une décision politiquement et économiquement délicate.
2. Le modèle économique des radios locales
Pour les petites stations associatives ou locales, la double diffusion (émettre en FM et payer simultanément une diffusion sur un multiplexe DAB+) représente un coût financier asphyxiant. L'arrêt prématuré de la FM menacerait directement la survie de ce tissu médiatique de proximité.
3. L’argument ultime de la sécurité civile
En période de crise majeure (guerres, cyberattaques, pannes de courant massives), la FM demeure le réseau le plus résilient. Un émetteur FM puissant peut couvrir un territoire immense avec une infrastructure simple, et n'importe quel poste de radio à piles (ou smartphone équipé d'un fil d'écouteur faisant office d'antenne) peut capter le signal sans dépendre d'un réseau internet ou de protocoles numériques complexes.
Le chiffre clé : 2031
C'est désormais l'horizon réaliste partagé par une majorité de pays européens pour envisager, au plus tôt, une transition définitive vers le tout-numérique.
Vers une transition invisible
L'extinction de la FM ne se fera pas par un grand soir, mais par une lente érosion. À mesure que les habitudes d'écoute basculeront naturellement vers le DAB+ et le streaming (4G/5G), et que les vieux récepteurs finiront à la déchetterie, la FM s'éteindra d'elle-même, sans bruit. D'ici là, les automobilistes et les puristes du transistor peuvent se rassurer : la bande 87.5 - 108 MHz a encore de beaux jours devant elle.



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